Extraits du mémoire
"Coquilles de Terre"
Université Paris 1, Panthéon
Sorbonne. UFR 04 Arts Plastiques et Sciences de l’Art. Master 2, Arts
Plastiques
Membres du jury : Nathalie REYMOND, Michel VAN PEENE
Juin 2007
Mention : très bien.
Plan du mémoire «Coquilles de terre »
Introduction
| I Première partie : La
nature I a) Rapport à la nature. I b) Le refuge. I c) L’eau. I d) L’argile, le façonnage. Ma pratique. |
II Deuxième partie : Le
corps mental II a) L’intimité et les rêveries. II b) dialectique intérieur extérieur. II c) Le corps. anthropomorphisme. Féminité. II d) Ambiguïté de mes coquilles. |
Conclusion
Documentation iconographique des travaux plastiques
Bibliographie
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Introduction
Lors de mes promenades contemplatives dans la campagne, la forêt, la mer ou les lits des rivières, je ramasse souvent des objets de la nature qui me plaisent car ils sont aussi banals qu’intéressants. À l’inventaire des mes trouvailles, on trouve des cailloux, des ailes de papillons, mais surtout, des coquillages, des coquilles (d’escargot), des cosses, des marrons, des œufs éclos… |
![]() Ardèche, juillet 1978 |
Inspirée par cette
contemplation qui me caractérise depuis l’enfance, j’ai
eu envie de développer un travail sur les coquilles à partir
du matériau argile, la céramique étant devenue mon métier
et mon savoir-faire. Je le confronte à cette prouesse naturelle qu’est
le coquillage marin. En effet, une observation, même succincte, d’un
coquillage ou d’une coquille naturelle, vous met rapidement devant une
évidence ; ce "faire" naturel est parfait. Toute tentative
d’imitation serait donc inintéressante et vaine. Rivaliser avec
la nature par copie serait voué à l’échec, je dois
trouver mon propre langage céramique, inventer mes coquilles de terre.
Par conséquent, dès le départ, le propos n’est
pas d’imiter la nature. Je souhaite que mes céramiques évoquent
des coquillages par des jeux de formes et de matières. Le rapport complémentaire
entre l’intérieur et l’extérieur de la coquille,
caractérisé par la dualité entre matité et brillance
est un aspect incontournable de mon projet. La céramique se prête
en effet très bien à mes intentions par ses qualités
de matières et de brillances ainsi que ses possibilités de formes,
de couleurs et de textures… J’ai mené en master 1 mes premiers
essais et expérimentations à la lueur de la pensée de
Paul Valéry dans son ouvrage L’Homme et la Coquille.
L’approche formelle et les recherches de matières se mènent
parallèlement. L’expérimentation technique requière
d’une part une certaine connaissance des possibilités de la céramique
et d’autre part du temps, les résultats en la matière
n’étant jamais immédiats, en particulier au niveau des
teintes et aspects de surfaces. En 2006, j’ai commencé par une
quarantaine de coquilles de petit format (15cm d’envergure en moyenne),
qui m’ont permis d’aboutir à des trouvailles techniques
et à quelques conclusions.
Je suis ensuite passé à des réalisations plus grandes (environ 40cm) et les coquilles ont commencé à dévoiler leur sens… Au fur et à mesure, elles s’apparentent de plus en plus à des habitacles organiques, dont l’intérieur semble fait de chair et d’eau, et l’extérieur d’une peau sèche marquant les signes des agressions du monde. Tout en continuant à entretenir un rapport fort à la nature, elles sont des matrices, des habitacles, des refuges… mais elles évoquent aussi l’intériorité corporelle telle que l’esprit peut l’imaginer, allant jusqu’à s’apparenter à l’intériorité féminine la plus intime. L’ambivalence de ce qu’elles dégagent les rend ambiguës. Mes coquilles seraient-elles devenues des autoportraits ?
Plan détaillé du mémoire «Coquilles de terre »
I Première partie : La nature
I a) Rapport à la nature.
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I b) Le Refuge. |
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I c) L’eau. |
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I d) L’argile, le façonnage.
Ma pratique. |
II Deuxième partie : Le corps mental
| II a) L’intimité et
les rêveries. L’acte de création entretient un rapport à soi qui est évident. Le travail de la matière en lui-même relève aussi de l’imagination et donc de l’intimité. Gaston Bachelard, La Terre et les rêveries du repos. Reflexion sur le caractère profondément intime du souvenir, de l'imagination et du bonheur. Analyse en parallèle avec d’autres artistes ayant une approche similaire : Ana Mendieta, Louise Bourgeois. |
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| II b) Dialectique intérieur / extérieur.
La coquille travaille l’imagination. Apparaît ainsi la dialectique du dehors et du dedans, de l’être libre et de l’être enfermé. C’est aussi l’opposition entre le caché et le manifeste qui se joue ici. Le jeu entre intérieur et extérieur fait partie de mon travail. Les frontières entre intérieur et extérieur sont complexes, au niveau des formes comme au niveau des textures. Analyses d’œuvres traitant de ce rapport : Gabriel Orozco, Jayne Parker, sculptures de Max Bill. Écrits d’artistes : Penone. Gaston Bachelard (chap IX de La Poetique de l'espace, dialectique du dehors et du dedans). |
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| II c) Le corps. Anthropomorphisme. Féminité.
Rapport au corps. Intimité mentale et intériorité physique : les deux sont indissociables. L’extérieur de mes coquilles se réfère à la peau. L'intérieur aux muqueuses et à l'organique. Symbolique du coquillage. Lien avec la sensualité. Le coquillage et Vénus. Séduction du coquillage et de la fleur. La théorie de Robinet sur l'évolution. Analyse d’œuvres évoquant la sensualité et le corps par la thématique du coquillage : la Vénus de Sandro Botticelli. Gorgia O’Keefe. |
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II d) Ambiguïté de mes coquilles. Ambivalence, complexité et contradictions. Mise en évidence des ambiguïtés des coquilles de terre qui sont : solide / fragile. Dure / molle. pure / érotique. Matte / brillante. Fermée / ouverte. Courbe / pointue. Mouillée / seche. chaude / froide. etc… Aspect mouillé de l’émail qui est pourtant sec. Ce qu'elles évoquent et ce qu'elles sont physiquement, au niveau de la matière. Rapport entre contradiction et complémentarité. Le ying et le yang. Artiste ambigües, complexes : Cindy Shermann, Javier Pérez. Analyse de ce qui sous-tend leur création, mon implication et ma personnalité. Contradiction, pudeur ou ambiguïté ? |
Conclusion
Création et intention induisent des actions et des choix.
Lorsque l’objet d’art est terminé, restent les questions
de présentation, et de titre. Il s’agit de montrer son travail,
de le donner à voir.
Réflexion sur la présentation et le titre d'une oeuvre. Le titre
a une fonction par rapport à l’œuvre : « que
se passe-t-il quand on intitule une "œuvre d’art"? »
(Jacques Derrida, La vérité en peinture. Flammarion,
1978. p.28-29).
présentation sur du sable fin et clair. Cette présentation a
trois fonctions:
1) offrir une teinte visuellement et sémantiquement adaptée
aux coquilles. Je parle de langage du point de vue du sens, car il est logique
que le sable ait une couleur et une présence très fusionnelle
avec mes coquilles.
2) le sable révèle l’empreinte de la partie de l’objet
cachée à l’objectif, accentuant le jeu de recto/verso,
dedans/dehors, dessus/dessous…
3) le sable, élément constitutif de l’argile sous forme
de silice, ramène la coquille à et dans son élément
naturel, bien qu’elle soit façonnée et pas totalement
naturelle.
À propos de mes travaux, j’ai parlé d’intérieur et d’extérieur ainsi que de refuge. Cette notion demeure, mais elle n’en reste pas moins ouverte au monde. Le refuge est une valeur personnelle, il s’entend au propre comme au figuré, mais il est ouvert à tous par définition, accessible en cas de menace. Je souhaite que mes coquilles apaise les esprits, et renvoie chacun à ses rêveries de bien être et de volupté. Ainsi, que mes objets de terre soient un refuge mental, un petit coin de ciel bleu ou de verdure où nous attend une coquille dans laquelle se lover, tels des bras bienveillants. Que chacun y retrouve ses rêveries d’eau, de soleil, d’escargot, d’arbre, de maison, de terre, de naissance, de coquillage, de spirale, de pluie… Que ces images se croisent et circulent, formant un tissage dont les fils n’ont pas de fin. Nouer ces fils en voguant sur le cours d’eau, suivre la trace de l’escargot en laissant se dérouler le fil de la vie…
Bibliographie
AUTEURS
AMICO, Léonard N. : A la recherche du paradis terrestre Bernard
Palissy et ses continuateurs, Flammarion, 1996.
BACHELARD, Gaston : La Poetique de l'espace, 9° édition Quadrige
: P.U.F, 2007.
BACHELARD, Gaston : L'Eau et les rêves : essai sur l'imagination
de la matière, Corti, 1984.
BACHELARD, Gaston : La Terre et les rêveries de la volonté,
Corti, 1982.
BACHELARD, Gaston : La Terre et les rêveries du repos, Corti,
1982.
BACHELARD, Gaston : La Poétique de la rêverie, P.U.F.,
1984
Gaston
BACHELARD
BEAUVOIR, Simone de : Pour une morale de l'ambiguïté,
Gallimard, 1972.
BERNADAC, Marie-Laure : Louise Bourgeois, La Création Contemporaine,
Flammarion, Paris, 1995.
BESACIER, Hubert : Nils-Udo : L'art dans la nature, traduit par Christine
Chareyre. Flammarion, Paris, 2002.
BOLTANSKI, Christian : Recherche et présentation de tout ce qui
reste de mon enfance, 1944-1950, Livre d'artiste, 1969.
CLARK, Kenneth : L’art du paysage, G. Monfort (Collection Imago
mundi), Paris, 1998.
CZECHOWSKI, Nicole : L'intime, n° 81, Autrement, juin 1986.
DAVILA, Thierry : Marcher, créer, édition du Regard,
Paris, 2002.
DELEUZE, Gilles / GUATTARI, Félix : Capitalisme et schizophrenie,
mille plateaux. T.2 . Minuit, 1980.
DERRIDA, Jacques : La Vérité en peinture, Flammarion,
1978.
DIDI-HUBERMAN, Georges : L’empreinte, édition du centre
Georges Pompidou, Paris, 1997.
DRURY, Chris : Silence, art, espace, traduit de l'anglais par Magali
Guénette. Éditeur Catleya, Paris, 1998.
FABRE, Jean-Henri : Souvenirs entomologiques, étude sur
l'instinct et les moeurs des insectes. (1er publication 1989). Robert Laffont,
paris, 2001.
GARRAUD, Colette : L’idée de nature dans l’art contemporain,
la création contemporaine, ouvrage publié en coédition
avec le Centre National des Arts Plastiques, Flammarion, 1994.
GOTTLOB SCHELLE, Karl : L'art de se promener, Préface et traduction
de Pierre Deshusses. Rivages, 1996.
KRIS, Ernst : Le style rustique : le moulage d'après nature
chez Wenzel Jamnitzer et Bernard Palissy (1926) suivi de ; 1927 Georg Hoefnagel
et le naturalisme scientifique. Macula, 2005.
LEVI-STRAUSS, Claude : De près et de loin, entretiens, points
seuil, Paris, 1996.
LEVI-STRAUSS, Claude : La Pensée sauvage, Plon, 1962.
LEVI-STRAUSS, Claude : La Potière jalouse, Plon, 1985.
MAURIES, Patrick : Cabinets de curiosités, Gallimard, Paris,
2002.
ONFRAY, Michel : La sculpture de soi : la morale esthétique,
Grasset, Paris, 1993.
ROUSSEAU, Jean-Jacques : Les rêveries du promeneur solitaire,
(1er publication 1782). Index par Erik Leborgne. Flammarion, Paris, 1997.
ROUSSEAU, Jean-Jacques : Émile ou De l'éducation, (1er
publication 1762). Garnier, 1957.
ROUSSEAU, Jean-Jacques : Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité
parmi les hommes, (1er publication 1755) présentation par Bertrand
de Jouvenel. Gallimard, 1965.
TIBERGHIEN, Gilles A : Land art, édition du Carré,
Paris, 1993.
VALERY, Paul : L’Homme et la Coquille, illustré par
Henri Mondor, collection l’imaginaire, Gallimard, 1982.
WHEELER, Daniel : L’art du XX° siècle, Flammarion,
1992.
AUTRES OUVRAGES
Différentes natures, Visions de l'art contemporain : catalogue
de l’exposition. La Défense - Galerie Art 4 et Galerie de l'Esplanade
- Place de La Défense du 25 juin au 26 septembre 1993. Paris, 1994.
Dites le avec des fleurs, anne FERRER, catalogue d’exposition,
7 juin - 13 août 2000.
Être Nature, fondation Cartier pour l’art contemporain.
Acte sud, juin 1998.
La Beauté, Flammarion 2000.
L’Homme Paysage, vision artistique du paysage anthropomorphe
entre le XVIe et le XXIe siècle. Somgy éditions d’art,
Palais des Beaux Arts de Lille. Paris, 2006.
Magiciens de la terre, Éditions du centre Pompidou, Paris,
1989.
Ouvrir couvrir, Paul Ardenne, Raphaël Cuir, Georges Didi-Huberman,
Jessica vaturi. Lagrasse, 2004.
Qu’Est-ce qu’un corps?, musée du quai branly.
Exposition présentée au musée du quai Branly du 19 juin
2006 à décembre 2007.